Repenser l'avenir de la profession vétérinaire

mardi 26 mai 2026

Pour que la passion ne rime plus avec épuisement : repenser l’avenir de la profession vétérinaire.

Aujourd’hui, notre profession souffre. Et les chiffres, malheureusement, parlent d’eux-mêmes.

Le taux de suicide chez les vétérinaires est estimé jusqu’à quatre fois plus élevé que dans la population générale selon des études internationales récentes¹.
L’épuisement professionnel touche une part importante de la profession : environ 50 % des vétérinaires déclarent aujourd’hui être en situation de burnout, avec des niveaux d’épuisement émotionnel nettement supérieurs à ceux de la population générale².

 

Alors, pourquoi en sommes-nous là ?

Parce que, pendant trop longtemps, nous avons cru que la passion suffisait. Que l’amour des animaux pouvait compenser des conditions de travail difficiles, un manque de reconnaissance ou des revenus parfois insuffisants. Mais la passion, aussi forte soit-elle, ne peut pas être le seul moteur d’une carrière entière.

Si nous voulons que, dans 25 ans, le bien-être des vétérinaires soit réellement pris en compte, une transformation en profondeur est nécessaire. Selon moi, plusieurs piliers doivent évoluer.


 

  1. Structurer la profession pour ne plus laisser les vétérinaires seuls

Aujourd’hui encore, de nombreux vétérinaires exercent dans des conditions d’isolement extrême. Ils doivent tout assumer : la médecine, la gestion, les urgences 24h/24, la comptabilité, la relation client parfois dans des contextes émotionnellement difficiles.
Dans 25 ans, cette réalité ne doit plus exister. Chaque vétérinaire devrait pouvoir s’appuyer sur une organisation solide : des équipes pluridisciplinaires, des ressources mutualisées, des systèmes de support efficaces. Cela passe par la mutualisation des ressources, de réseaux solidaires et de structures capables de répartir les charges.
L’objectif est simple : permettre aux vétérinaires de se concentrer sur leur cœur de métier, soigner, sans être écrasés par tout le reste.

 
  1. Redonner au métier sa juste valeur économique

Il n’est plus acceptable que des professionnels hautement qualifiés travaillent parfois 60 heures par semaine pour une rémunération qui ne reflète ni leur expertise, ni leur responsabilité, ni leur engagement.
L’avenir de la profession passe par une revalorisation économique forte. Dans 25 ans, le métier doit être viable et attractif. Les jeunes vétérinaires ne doivent plus être freinés par des dettes importantes ni découragés par des perspectives financières incertaines.
Cela implique également que les investissements nécessaires à une médecine de qualité, équipement, formation, innovation, soient soutenables. Une profession qui ne peut pas investir est une profession qui stagne. Et une profession qui stagne ne peut pas répondre aux exigences croissantes des soins.

 
  1. Reconnaître enfin le droit à l’équilibre

Le troisième pilier, fondamental, est celui de l’équilibre de vie.
Dans 25 ans, un vétérinaire doit pouvoir dire :
“Je ne travaille pas le week-end”
“Je prends des vacances”
“Je ne peux pas assurer cette urgence à 2h du matin”

…sans culpabilité.
Cela suppose la mise en place de systèmes de garde organisés, de relais entre structures, et surtout, un changement profond de mentalités. Le droit à l’équilibre n’est pas un signe de faiblesse. C’est une preuve de lucidité. Car un vétérinaire épuisé ne peut pas exercer correctement.

 
  1. Mutualiser les ressources pour alléger la charge individuelle

L’un des leviers majeurs pour améliorer durablement les conditions d’exercice des vétérinaires est la mutualisation des ressources. Aujourd’hui encore, trop de praticiens portent seuls le poids de multiples responsabilités : équipements coûteux, gestion administrative, organisation des gardes, recrutement ou formation continue.
Dans 25 ans, cette logique doit évoluer vers un modèle plus collectif. Mutualiser les ressources, c’est permettre à chaque structure d’accéder à des moyens qu’elle ne pourrait pas supporter seule : plateaux techniques performants, outils numériques, fonctions support dédiées, ou réseaux de garde organisés.

Cette approche permet non seulement de réduire les charges individuelles, mais aussi d’améliorer la qualité des soins en facilitant l’accès à des équipements modernes et à des compétences complémentaires. Elle favorise également une meilleure répartition du travail, limitant la surcharge ainsi que l’isolement des praticiens.
Mutualiser, ce n’est pas perdre son autonomie. C’est au contraire se donner les moyens d’exercer son métier dans de meilleures conditions, en étant mieux entouré, mieux équipé et mieux soutenu.
 

Des signaux encourageants pour construire l’avenir

Heureusement, des évolutions positives sont déjà visibles.
Une nouvelle génération de vétérinaires refuse désormais les conditions de travail d’il y a 20 ans. De plus en plus de structures investissent dans la qualité de vie au travail : temps de repos, accompagnement psychologique, meilleure organisation des plannings.

Les innovations jouent aussi un rôle clé. La télémédecine limite certains déplacements, les outils numériques simplifient la gestion quotidienne, et les réseaux de garde permettent de mieux répartir la charge de travail.

Les instances professionnelles, elles aussi, commencent à prendre pleinement la mesure du problème. Études, rapports, actions concrètes : le sujet du bien-être vétérinaire n’est plus ignoré.
 

Construire une profession durable

Au fond, la réalité est simple :
Un vétérinaire épuisé ne peut pas bien soigner.
Un vétérinaire épanoui est un meilleur praticien.


Nous avons choisi ce métier par passion. Mais nous devons désormais collectivement veiller à pouvoir l’exercer sans y laisser notre santé.
L’enjeu n’est pas seulement individuel. Il est aussi collectif, et même sociétal. Parce que la qualité des soins apportés aux animaux dépend directement de la santé physique et mentale de ceux qui les soignent.

Ensemble, construisons une profession où l’engagement ne rime plus avec sacrifice.
Un avenir où être vétérinaire rime avec épanouissement pas avec épuisement.







¹ Étude internationale (Frontiers in Veterinary Science, 2025) : les vétérinaires présentent un risque de suicide jusqu’à 4 fois supérieur à la population générale. [pmc.ncbi.nlm.nih.gov]
² Étude Merck Animal Health & AVMA (2024) sur plus de 10 000 professionnels : environ 50 % des vétérinaires déclarent être en situation de burnout ; une donnée stable et préoccupante depuis plusieurs années. [pet-chart.com]